A la lumière de l'économie Lectures en économie

Un problème de thermomètre

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Le PIB est sans conteste le plus célèbre des indicateurs économiques. Son ancrage dans la vie quotidienne est tel qu’il semble exister depuis la nuit des temps. Sa pertinence, comme une juste mesure à suivre, est remise en cause régulièrement, au rythme des crises rencontrées, sans inflexion significative jusqu’à présent. Cependant, la contrainte climatique constitue une menace essentielle pour son statut d’indicateur phare et place la finance au cœur des transformations à venir. C’est à cette évolution que ce billet est consacré.

 

A l’origine, la nécessité de mesurer les revenus et la richesse d’un pays

L’histoire du PIB est intimement liée à la conduite de la guerre, et à la nécessité, pour le souverain, d’évaluer la capacité de son pays à en supporter les coûts. Diane Coyle, lui a consacré un délicieux ouvrage pour quiconque est intéressé par le sujet49Diane Coyle (2015), A brief but Affectionate History of GDP, Princeton University Press.. Les premiers travaux sur le sujet sont généralement attribués à William Petty qui a conduit, en 1665, un recensement des ressources de l’Angleterre et du Pays de Galles. Cet inventaire concernait les revenus, les dépenses, la population, les terres et autres actifs du Royaume. Gregory King et Charles Davenant ont également contribué à la naissance de la comptabilité nationale avec leurs études sur l’état de l’Angleterre à la fin du XVIIe siècle.

Ce n’est qu’au XVIIIe siècle que ce type d’approche se développa en France avec les travaux de François Quesnay et son tableau économique (publié pour la première fois en 1758). En janvier 1781, Jacques Necker, directeur général des finances pour quelques mois encore, remis à Louis XVI son Compte rendu au Roi. Il y indique ainsi

Source : Compte rendu au Roi, par Jacques Necker (1732-1804), directeur général des finances, janvier 1781, Bibliothèque nationale de France (gallica.bnf.fr)

Depuis cette période, des efforts permanents ont été conduits pour améliorer la mesure des revenus et des dépenses générés par un pays. L’Insee retrace ainsi sur son site web les différentes formes que prit l’activité de la statistique publique en France, depuis la création par Lucien Bonaparte du premier Bureau de statistique en 1800, jusqu’à l’organisation que nous connaissons aujourd’hui, suite à la mise en place de « l’Institut national de la statistique et des études économiques pour la métropole et la France d’outre-mer » par la Loi de finances du 27 avril 194650cf. le site web de l’Insee..

On constate dès cette période que la méthodologie sous-jacente à tout inventaire, ou recensement, est intimement liée à l’évolution de la pensée économique de l’époque, et chaque approche génère ses avantages et limites conceptuels. Par exemple, Adam Smith introduisit la distinction entre le travail productif, qui augmente le revenu national par la production de biens agricoles, de biens industriels et par la transformation des matières premières, et le travail improductif, le plus souvent constitué des services, qui constitue une dépense et non une ressource.

Il y a une sorte de travail qui ajoute à la valeur de l’objet sur lequel il s’exerce ; il y en a un autre qui n’a pas le même effet. Le premier, produisant une valeur, peut être appelé travail productif ; le dernier, travail non productif.

 

Ainsi, la travail d’un ouvrier de manufacture ajoute, en général, à la valeur de la matière sur laquelle travaille cet ouvrier, la valeur de sa subsistance et la valeur de son maître. Le travail d’un domestique, au contraire, n’ajoute à  la valeur de rien. Quoique le premier reçoive des salaires que son maître lui avance, il ne lui coûte, dans le fait, aucune dépense, la valeur de ces salaires se retrouvant en général avec un profit de plus dans l’augmentation de valeur du sujet auquel ce travail a été appliqué. Mais la subsistance consommée par le domestique ne se trouve nulle part. Un particulier s’enrichit à employer une multitude d’ouvriers fabricants ; il s’appauvrit à entretenir une multitude de domestiques. Le travail de ceux-ci a néanmoins sa valeur, et mérite sa récompense aussi bien que celui des autres. Mais le travail de l’ouvrier se fixe et se réalise sur un sujet quelconque, ou sur une chose vénale qui dure au moins quelques temps après que le travail a cessé. C’est, pour ainsi dire, une quantité de travail amassé et mis en réserve, pour être employé, s’il est nécessaire, dans quelque autre occasion. Cet objet, ou ce qui est la même chose, le prix de cet objet, peut ensuite, s’il en est besoin, mettre en activité une quantité de travail égale à celle qui l’a produit originairement. Le travail du domestique, au contraire, ne se fixe ou ne se réalise sur aucun objet, sur aucune chose qu’on puisse vendre ensuite. En général, ses services périssent à l’instant même où il les rend, et ne laisse presque jamais après eux aucune trace ou aucune valeur qui puisse servir par la suite à procurer une pareille quantité de services.

 

Adam Smith (1776),

La richesse des nations, Livre II Chapitre III, pp.417-418.

Dans les différents écrits de l’époque, nous retrouvons cette dépendance entre les concepts de revenu national et de bien-être économique. Ainsi, Arthur Pigou reconnaît que ces concepts sont liés et adopte également une vision étroite du revenu national, en excluant notamment les services qui ne donnent pas lieu à une transaction monétaire51Cette sous-estimation des services est également une caractéristique de la comptabilité nationale soviétique jusqu’à la chute du mur de Berlin.. Il reconnaît également que cette approche souffre d’un certain nombre de « violents paradoxes » et de certaines limites comme la distinction, parfois artificielle, entre les biens, selon qu’ils génèrent, ou non, une transaction monétaire.

Tout comme le bien-être économique est la partie du bien-être total qui peut être directement ou indirectement en relation avec une mesure monétaire, le dividende national est cette partie du revenu objectif de la collectivité, y compris, bien entendu, le revenu provenant de l’étranger, qui peut se mesurer en argent. Les deux concepts, le bien-être économique et le dividende national, sont ainsi reliés, de telle sorte que tout contenu de l’un implique une description correspondante du contenu de l’autre.

(…)

Les biens et les services devraient être inclus (en évitant la double comptabilité bien entendu) mais seulement ceux qui sont vendus pour de l’argent.

(…)

Cela conduit à un certain nombre de paradoxes violents.

(…)

Si un agriculteur vend les produits de sa ferme et achète sur le marché la nourriture dont il a besoin pour sa famille, une quantité considérable de produits entre dans le dividende national, et cesserait d’y entrer si, au lieu d’acheter des choses sur le marché, il retenait une partie de sa propre viande et de ses légumes pour sa consommation à la ferme.

(…)

Encore une fois, les services effectués par les femmes entrent dans le dividende lorsqu’ils sont rendus en échange d’un salaire, que ce soit à l’usine ou à la maison, mais n’y entrent pas quand ils sont réalisés par les mères et les femmes gratuitement au sein de leurs propres familles. Ainsi, si un homme épouse sa femme de ménage ou sa cuisinière, le dividende national est diminué. Ces choses sont des paradoxes.

 

Arthur Cecil Pigou (1932),

The Economics of Welfare, éd. 4, p.2652Texte original : Just as economic welfare is that part of total welfare which can be brought directly or indirectly into relation with a money measure, so the national dividend is that part ofthe objective income of the community, including, of course, income derived fromabroad, which can be measured in money. The two concepts, economic welfare and the national dividend, are thus co-ordinate, in such wise that any description of the content  one of them implies a corresponding description of the content of the other. (…) goods and services should be included (double-counting, of course, being avoided), and only those, that are actually sold for money. (…) This leads to a number of violent paradoxes. (…) if a farmer sells the produce of his farm and buys the food he needs for his family in  the market, a considerable amount of produce enters into the national dividend which
would cease to enter into it if, instead of buying things in the market, he held backpart of his own meat and vegetables and consumed them on the farm. (…) Yet again, the services rendered by women enter into the dividend when they are rendered in exchange for wages, whether in the factory or in the home, but do not enter into it when they are rendered by mothers and wives gratuitously to their own families. Thus, if a manmarries his housekeeper or his cook, the national dividend is diminished. These things are paradoxes.

A l’inverse, des économistes néoclassiques ont adopté une approche plus large à partir du XIXè siècle, comme l’illustrent les propos d’Alfred Marshall, qui introduisit les services dans la mesure de l’économie. Cette définition est aisément compréhensible mais laisse en suspens certains aspects méthodologiques (problème de l’évaluation monétaire de l’ensemble des prix des biens et services, risque d’un comptage multiple d’une production, etc.).

La main-d’œuvre et le capital d’un pays agissant sur ses ressources naturelles produisent chaque année un certain agrégat net de marchandises, matérielles et immatérielles, y compris les services de toutes sortes. Il s’agit du revenu annuel net réel du pays ou du dividende national.

Alfred Marshall (1920), Principles of Economics, éd. 853Texte original : The labour and capital of a country acting on its natural resources produce annually a certain net aggregate of commodities, material and immaterial including services of all kinds. This is the true net annual income or revenue of the country or national dividend

 

Nous constatons ainsi que, dès l’origine, alors que le concept de revenu national peut sembler clair, les questionnements sur ce qu’il recouvre en pratique ont été nombreux. La lecture de ces extraits antérieurs au XXè siècle démontre également l’évolution qui s’est produite depuis deux siècles dans la prise en compte de l’ensemble de la richesse produite par un pays. Cette question s’est avérée d’une importance accrue à partir du XIXè siècle. Angus Maddison, économiste britannique, spécialiste reconnu des évolutions économiques sur très longue période, souligne ainsi que la croissance est quasi-inexistante avant le XIXè siècle et s’accélère nettement aux alentours de 1820 puis de 187054cf. Angus Maddison (2004), Contours of the World Economy and the Art of Macro-measurement 1500-2001..

 

Progression de la lecture

 

Le PIB : une des plus grandes inventions du XXe siècle

Alors que le PIB et le reste des comptes nationaux peuvent sembler des concepts obscurs, ils font vraiment partie des grandes inventions du XXe siècle.

 

Paul Samuelson, William Nordhaus (2004),

Economics, McGraw-Hill55Version originale : « While the GDP and the rest of the national income accounts may seem to be arcane concepts, they are truly among the great inventions of the twentieth century. »

La crise de 1929, puis la Seconde Guerre Mondiale, constituèrent deux évènements majeurs dans la création des comptes nationaux tels que nous les connaissons aujourd’hui. Au Royaume-Uni, le Gouvernement britannique met en place, sur la période 1929-31, le premier organisme pour le conseiller en matière de politique économique, le National Economic Advisory Council. Cet organisme regroupait notamment John Maynard Keynes et Alfred Pigou, ainsi qu’un assistant statistique, Colin Clark, dont la mission était d’alimenter les réflexions stratégiques par des données précises. C’est ainsi qu’on attribue le plus souvent la naissance des comptes nationaux britanniques à Colin Clark qui, dans la lignée des travaux d’Alfred Marshall, a notamment introduit une approche beaucoup plus détaillée, et sur une base trimestrielle plutôt qu’annuelle. Ses travaux eurent une influence majeure et Keynes, qui contribua également à cet essor, lui écrivit, dans une de leur correspondance : « Mon cher Colin, vous m’avez convaincu que la production brute, l’investissement brut, l’épargne brute, etc. est la façon naturelle de travailler, et non en termes nets, et j’ai réécrit mes définitions et équations sur ces bases »56cf. Angus Maddison (2004), Macromeasurement Before and After Colin Clark, p.13.

Aux États-Unis, les Présidents Hoover, puis Roosevelt, durent faire face à la crise avec des données économiques également très parcellaires et hétérogènes. Landefled (2000) y consacre un article et décrit la naissance des comptes nationaux américains. Ainsi, au début des années 30, le département du Commerce missionne Simon Kuznets, alors au National Bureau of Economic Research (NBER), pour développer un ensemble de comptes nationaux. Son premier rapport date de 1934 et démontre que le revenu national américain a diminué significativement entre 1929 et 1932. La première version des comptes nationaux américains fut présentée au Congrès en 1937. Ces éléments servirent d’ailleurs d’argumentaire au Président Roosevelt lorsqu’il présenta son New Recovey Plan. Les efforts méthodologiques et statistiques se poursuivirent dès lors et une version plus détaillée des comptes nationaux fut présentée en 1942. Simon Kuznets reçut ainsi le Prix Nobel d’économie en 1971 pour ces travaux et pour l’analyse des fluctuations économiques sur longue période57cf. le site web des Prix Nobel. Un autre Prix Nobel d’économie, Wassily Leontief, lauréat en 1973, contribua également à ces travaux avec la création du tableau entrées-sorties58cf. le site web des Prix Nobel d’Economie et le site web du Ministère de l’Économie et des Finances. Les années 30 marquent ainsi la naissance des comptes nationaux modernes et, comme le reconnu le directeur du NBER, Wesley C. Mitchell, ces travaux furent essentiels pour les États-Unis (« Seulement ceux qui étaient impliqués personnellement dans la mobilisation économique pour la Première Guerre Mondiale ont pu se rendre compte à quel point les estimations du revenu national couvrant 20 ans et classées de plusieurs manières facilitaient l’effort pour la Seconde Guerre Mondiale. »)59cf. Landefeld (2000), p.7. La comptabilité nationale moderne était née.

La deuxième moitié du XXè siècle s’est traduite à la fois par un raffinement de la mesure du PIB et par une harmonisation internationale sous l’égide, d’une part, des États-Unis et, d’autre part, des Nations Unies. Le travail méthodologique s’est ainsi poursuivi et, bien que le concept de PIB peut sembler immuable, la nomenclature utilisée par la France a évolué significativement. Ainsi, les Nomenclatures d’activités et de produits françaises, destinées à organiser le recueil et la présentation de l’information économique et sociale, représentent un travail considérable, avec par exemple un document méthodologique qui fait 873 pages60cf. le site web de l’Insee. C’est la version « NAF rév. 2 » qui s’applique pour la France depuis le 1er janvier 2008. Cette version poursuit le double objectif d’intégrer les évolutions économiques récentes et de favoriser les comparaisons internationales. Des modifications mineures sont également apportées entre chaque révision majeure61L’historique des modifications est présenté sur le site web de l’Insee.. Par rapport aux premières idées avancées au XVIIe et XVIIIe siècle, les principales évolutions sont la prise en compte des services et des dépenses publiques dans le PIB. Plus récemment, deux autres évolutions significatives sont également intervenues avec le passage des acquisitions de logiciels, ainsi que des dépenses de R&D, du statut de consommations intermédiaires à celui de dépenses d’investissement, augmentant ainsi le PIB.

Aujourd’hui, la quantification de la richesse nationale produite par un pays est relativement exhaustive et le PIB connaît une définition largement reconnue, avec les trois acceptations habituelles d’une mesure par la production, par la demande (ou la dépense) et par le revenu.

Le PIB permet ainsi de mesurer l’activité économique via la somme des valeurs ajoutées brutes créées par les unités résidentes, au cours d’une année, évaluées au prix de marché (cf. encadré).

Définition

« Le produit intérieur brut aux prix du marché vise à mesurer la richesse créée par tous les agents, privés et publics, sur un territoire national pendant une période donnée. Agrégat clé de la comptabilité nationale, il repré­sente le résultat final de l’activité de production des unités productrices résidentes.

Le PIB aux prix du marché peut être mesuré de trois façons :

  • selon l’optique de la production, en faisant la somme des valeurs ajoutées de toutes les acti­vités de production de biens et de services et en y ajoutant les impôts moins les subventions sur les produits ;
  • selon l’optique des dépenses, en faisant la somme de toutes les dépenses finales (consacrées à la consommation ou à l’accroissement de la richesse) en y ajoutant les exportations moins les importations de biens et services ;
  • selon l’optique du revenu, en faisant la somme de tous les revenus obtenus dans le processus de production de biens et de services (revenus salariaux, excédent brut d’exploitation et revenu mixte) et en y ajou­tant les impôts sur la production et les importa­tions moins les subventions. »

Source : Site web de l’INSEE

 

Au quotidien, les macroéconomistes retiennent la décomposition suivante du PIB, qui est l’une des identités comptables les plus connues en économie :

  PIB = Consommation + Investissement + Dépenses publiques + Exportations – Importations

Cette équation peut être réécrite sous la formule traditionnelle, où chacune des composantes est représentée par sa notation usuelle :

Y = C + I + G + X – M

Cette approche pourrait sembler simplificatrice mais est celle utilisée par l’Insee dans son analyse de la conjoncture. Nous reportons ainsi ci-dessous la présentation par l’Insee, le 26 février 2021, de l’évolution trimestrielle du PIB et de ses composantes. Nous constatons que l’offre globale est constituée du PIB (Y) et des importations (M), puis nous retrouvons les dépenses de consommation (C), d’investissement (I) et du reste du monde (X ; nos exportations). Nous remarquons simplement que les dépenses publiques (G) sont ventilées entre consommation et investissement des APU (Administrations publiques). Ces variables sont ensuite retraitées pour faciliter l’identification des différentes tendances. La « demande intérieure finale hors stocks » est constituée de la consommation (C), de l’investissement hors stocks (I hors stocks) et des dépenses publiques (G) ; les « variations de stocks » (I stocks) sont isolées du reste des investissements car cette composante est très volatile (succession fréquente de trimestres de stockage – déstockage) et le commerce extérieur représente la balance commerciale, où les importations sont déduites des exportations (X-M). Ce type de tableau est parfois représenté en « glissement annuel », où l’évolution trimestrielle est indiquée par rapport au trimestre de l’année n-1 (T1 2021 / T1 2020 par exemple). Sur ce tableau, les évolutions présentées sont indiquées par rapport au mois précédent (T4 2020 / T3 2020). Nous remarquons ainsi l’impact sans précédent du premier confinement, puis le caractère erratique des fluctuations des deux derniers trimestres de l’année, au gré des contraintes sanitaires.

Source : Insee, 26 février 2021

L’impact de la crise de la Covid-19 se mesure également à l’aune de la croissance du PIB français depuis 1950 (cf. graphique ci-dessous). Les estimations de février 2021 indiquent une chute de 8,2% du PIB pour l’ensemble de l’année 2020. Ce chiffre pourrait encore être révisé dans les prochains mois. En effet, les premières estimations d’évolution du PIB sont publiées un mois et demi après la fin du trimestre concerné, à partir d’enquêtes conduites auprès d’entreprises et de données administratives (évolution de la production industrielle, etc.). La valeur définitive du PIB nécessite un délai de trois années, le temps de collecter puis de consolider l’ensemble des données disponibles62L’Insee a publié un document très pédagogique à ce sujet, de la série Insee en bref, intitulé « Pour comprendre … La croissance économique ». Ce graphique reporte l’évolution du PIB en valeur (évolution qui inclut l’inflation) et en volume (c’est-à-dire hors inflation, en prix chaînés ou prix de l’année précédente)63L’Insee apporte une définition des prix chaînés sur cette page web.. C’est l’évolution du PIB en volume qui est généralement retenue dans les analyses conjoncturelles, pour isoler la croissance réelle de l’économie de l’effet prix. Nous remarquons d’ailleurs la convergence des deux courbes avec la baisse tendancielle de l’inflation française sur longue période. Nous constatons également que, depuis 1950, la richesse produite par la France n’a été inférieure à celle de l’année précédente qu’à quatre reprises : -1% en 1975, à la suite du premier choc pétrolier ; -0,6% en 1993 suite au ralentissement mondial qui débute dès la fin des années 80 et au retournement du marché immobilier ; -2,9% en 2009 suite à la crise financière, ou crise des subprimes, qui débuta aux États-Unis à partir de juillet 2007 ; -8,2% en 2020 en raison de la pandémie de la Covid-19.

 

Source : Insee, mars 2021

 

Progression de la lecture

 

Les limites du PIB

Malgré son intérêt et les progrès qu’il a permis en termes de conduite des politiques économiques, plusieurs difficultés restent attachées à la mesure du PIB64Il est possible de se référer par exemple à l’article de Diane Coyle (2017), intitulé « Repenser le PIB » (Finances & Développement, FMI, mars 2017) ou au document du CSRI intitulé « The Future of GDP » (mai 2018).. Tout d’abord, l’économie du XXIè siècle se distingue de celle de l’après-guerre par un degré d’innovation élevé, qui se traduit notamment par une diversité importante des produits et services proposés, parfois avec des caractéristiques très proches. De même, la part des services et des actifs incorporels ne cesse de croître, ce qui rend la distinction entre quantité et qualité plus délicate. De plus, cette évolution s’est traduite par de nouveaux modes de consommation, avec le développement de l’économie collaborative, ou du partage, où de nombreux particuliers recourent à des plateformes collaboratives pour s’échanger des biens et services. Cette montée en puissance du numérique se traduit également par le développement de nombreux services « gratuits », ou quasi-gratuits, pour lequel le consommateur bénéficie d’une valeur d’usage supérieure au prix à payer (ce qui dégage un surplus pour le consommateur). Cette dernière tendance pousse d’ailleurs certains à demander la création d’une troisième catégorie liée aux données, à côté de celles des biens et des services65cf. l’ouvrage de Diane Coyle à ces sujets (chapitre 5)..

La juste prise en compte des activités financières dans le calcul du PIB fait l’objet d’une attention particulière également. Actuellement, ces activités sont intégrées via les « services d’intermédiation financière indirectement mesurés », ou SIFIM. La méthode de calcul de ces services revient tout d’abord à définir un taux de référence unique, qui est le taux de financement sans risque par les banques (soit un coût d’opportunité d’obtention des fonds). Le secteur bancaire dégage alors une marge d’intérêt via l’activité auprès  des emprunteurs (perception des intérêts) et des déposants (rémunération des dépôts). La différence entre cette marge et ce taux sans risque, constitue une rémunération et est intégrée au calcul du PIB. Sans même aborder la question délicate de la prise en compte de l’inflation, certaines critiques ont souligné que cette mesure comportait un biais car elle ne permettait pas de distinguer l’activité positive de couverture des risques assurée par le système financier, de celle spéculative pouvant conduire à une prise de risque excessive via l’investissement dans des placements offrant des taux de rendement potentiels élevés. Cette nouvelle méthodologie peut expliquer la part croissante des services financiers dans le PIB constatée ces dernières années, malgré la crise rencontrée en 2008 (ce poids est souvent estimé aux alentours de 5% pour la France et l’Allemagne, et de 8% pour le Royaume-Uni). Olivier Bruno, Raphaël Chiappini et Bertrand Groslamber, dans un article récent, notent ainsi que « la valeur ajoutée bancaire a connu une hausse remarquable entre 2008 et 2010 (21 % en Allemagne, 63 % en France) alors que le système bancaire connaissait l’une des crises les plus importantes de son histoire. Aux États-Unis, la production des services aux emprunteurs a progressé de 45 % entre 2007 et 2011, alors que la croissance en volume des prêts bancaires sur la période était quasi nulle »66cf. Bruno, O., R. Chiappini et B. Groslambert. 2020. Quelle valeur ajoutée pour les banques françaises ? Revue économique Vol. 71, No. 1, pp. 139-162.. Ils démontrent ainsi qu’une modification de la méthode actuelle, en ajustant la mesure du risque de défaut, permettrait une meilleure représentation de l’activité bancaire, ce qui se traduirait par ailleurs par une diminution sensible du poids des activités financières dans le PIB.

L’intégration de l’économie informelle a également fait l’objet de nombreux échanges. Son importance peut être significative dans certains pays en développement, où la proportion des travailleurs non salariés, entrepreneurs, travailleurs agricoles ou travailleurs à la journée est élevée. Pour les pays développés, des estimations de 2012 donnent un poids d’environ 7% aux États-Unis, 8% en Suisse mais jusqu’à 20% en Italie et 25% en Grèce67cf. Diane Coyle, p. 110. La nouvelle méthodologie, sous légide d’Eurostat, conduisit également à intégrer en 2014 une estimation d’autres activités illégales, comme la prostitution et le traffic de drogue. Pour l’année 2008, l’Insee estime le poids de cette économie souterraine à 3,7% du PIB pour la France, contre 2,5% pour l’Espagne et environ 4% pour le Royaume-Uni68cf. Insee en bref, « Pour comprendre … La croissance économique ».

De manière plus fondamentale, dès l’origine, un arbitrage a été fait en faveur d’un indicateur centré sur la mesure de la production d’un pays, au détriment de celle, plus générale, du bien-être. Simon Kuznets regrette ainsi ce choix dès 1937, en ces termes

Il serait très utile d’avoir des estimations du revenu national qui élimineraient du total les éléments qui, du point de vue d’une philosophie sociale plus éclairée que celle d’une société de consommation, représentent un mauvais service plutôt qu’un service. De telles estimations soustrairaient du revenu national actuel toutes les dépenses d’armement, la plupart des dépenses de publicité, une grande partie des dépenses liées aux activités financières et spéculatives, et ce qui est peut-être le plus important, les dépenses qui ont été rendues nécessaires pour surmonter les difficultés qui sont, à proprement parler, des coûts implicites de notre civilisation économique. Toutes les dépenses gigantesques de la civilisation urbaine, des métros, des logements chers, etc., que nous incluons dans nos estimations habituelles à la valeur du produit net qu’ils produisent sur le marché, ne représentent pas vraiment des services nets aux individus composant la nation mais sont, de leur point de vue, un mal nécessaire pour pouvoir gagner sa vie (c’est-à-dire qu’il s’agit en grande partie de dépenses de business plutôt que des frais de subsistance). Évidemment la suppression de ces  éléments selon les estimations du revenu national, aussi difficile que cela puisse être, permettrait une meilleure quantification des totaux du revenu national en volume de services produits, à des fins de comparaison entre les années et entre les nations.

 

Simon Kuznets, 193769Texte original : It would be of great value to have national income estimates that would remove from the total the elements which, from the standpoint of a more enlightened social philosophy than that of an acquisitive society, represent dis-service rather than service. Such estimates would subtract from the present national income totals all expenses on armament, most of the outlays on advertising, a great many of the expenses involved in financial and speculative activities, and what is perhaps most important, the outlays that have been made necessary in order to overcome difficulties that are, properly speaking. costs implicit in our economic civilization. All the gigantic outlays on our urban civilization, subways, expensive housing, etc., which in our usual estimates we include at the value of the net product they yield on the market, do not really represent net services to the individuals co~prising the nation but are, from their viewpoint, an evil necessary in order to be able to make a living (i.e., they are largely business expenses rather than living expenses). Obviously the removal of such items from national income estimates, difficult as it would be, would make national income totals much better gauges of the volume of services produced, for comparison among years and among nations.

Bien entendu, cette optique ne fut pas retenu et l’urgence de la guerre a participé à la construction d’un indicateur plus centré sur les capacités de production d’un pays, qui ne diminue pas avec l’effort de guerre (qui entraîna mécaniquement un poids croissant des dépenses militaires dans la production nationale). Ce périmètre restreint adopté par le PIB ne remet pas en cause son utilité, notamment pour l’identification de la situation conjoncturelle d’un pays, pour la conduite des politiques économiques et pour effectuer des comparaisons internationales, mais il limite sa portée comme indicateur universel unique de l’état d’une nation.

Cette approche explique que le PIB n’intègre pas les activités bénévoles, et l’ensemble du travail associatif (estimé à environ 0,6% du PIB par l’Insee), ainsi que le travail à domicile. La situation n’a ainsi pas évolué depuis l’exemple avancé par Pigou il y a un siècle. La rémunération d’un service de pressing est incluse dans le PIB, mais la lessive et le repassage de vos chemises n’augmentent pas le PIB national (ce qui pourra constituer un sujet de réflexion lors de votre prochaine soirée consacrée à cette activité …). L’Insee y a consacré une note en 2012, et estime que le travail domestique, qui occupe plus de 3 heures quotidiennes (cuisine, soins aux enfants, etc.) peut être évalué à 33% du PIB, en étant effectué à 64% par les femmes. L’Insee souligne également, dans cette note, que ces mesures doivent toutefois être confortées par un travail supplémentaire sur l’harmonisation des concepts, la sensibilité des estimations aux définitions retenues étant élevée. Ces difficultés méthodologiques ont parfois été avancées pour expliquer la non intégration de cette activité au calcul du PIB. Diane Coyle note cependant que le mot « difficulté » n’est peut être pas adapté car, comme pour d’autres secteurs, ce travail peut être mesuré par des enquêtes. Elle remarque ainsi que « les agences officielles n’ont jamais pris la peine (de le mesurer) peut être parce qu’il est réalisé principalement par des femmes et est vu comme peu important »70cf. Diane Coyle, p.111. Texte original : « Well, difficulty is surely not the right word. It can be measured by surveys, like many other economy statistics, but generally official statistical agencies have never bothered – perhaps because it has been carried out mainly by women and seen as unimportant ».. Dans une optique stricte d’économie marchande, qui donne lieu uniquement à des transactions monétaires, cette exclusion peut s’entendre. Mais dans une optique de mesure de bien-être et de qualité de vie, elle trouve une justification moindre.

Richard Easterlin met d’ailleurs en évidence en 1974 un paradoxe apparent : alors que le bonheur semble, en moyenne, plus élevé dans les pays les plus riches, l’augmentation du PIB par tête dans le temps ne se traduit pas par une hausse du bonheur équivalente. Ce paradoxe est bien entendu lié à la nature de chaque statistique : le PIB peut, en théorie, croître indéfiniment, alors que le bonheur, mesuré à partir d’enquête, produit une statistique bornée par construction (autorisant des réponses comprises entre 1 à 10 par exemple). De plus, les deux concepts apparaissent liés seulement jusqu’à un certain seuil de richesse (environ 15 000 dollars par tête)71cf. Lucie Davoine (2020), l’Economie du bonheur.. Bien entendu, prétendre mesurer le bonheur pose de nombreuses questions méthodologiques : comment mesurer un concept subjectif comme le bien-être ou le bonheur ; existence d’un biais de désirabilité sociale qui peut influencer les réponses d’une personne sondée, la conduisant à une censure des réponses trop négatives ; possible biais culturels ou linguistiques dans les enquêtes internationales ; etc. Nous retrouvons ainsi l’argumentaire initial avancé par Simon Kuznets quant aux problèmes potentiels engendrés, dans une société de consommation, par la seule conception productive du PIB, par rapport à des critères de bien-être. La question des inégalités est également apparue indissociable de cette approche car, autant que le niveau absolu de richesse, le niveau relatif s’est avéré important et corrélé aux différentiels de bien-être perçus au sein d’un même pays. Les travaux scientifiques consacrés à ce sujet se sont ainsi fortement développés au tournant de ce siècle et la découverte de cette littérature est possible, par exemple, au travers de l’ouvrage « L’économie du bonheur » de Lucie Davoine72Lucie Davoine (2020), L’économie du bonheur, éditions La découverte.. Bien entendu, les décideurs politiques ont toujours poursuivi une multiplicité d’objectifs mais l’ensemble de ces travaux ont  renforcé la nécessité d’instaurer des indicateurs complémentaires au PIB, qui bénéficieraient du même niveau de communication et de compréhension de la part de la population (l’évolution du PIB n’étant plus un proxy infaillible de l’ensemble de ces dimensions). A long terme, l’objectif de cette littérature est de revenir sur l’idée qu’augmenter le PIB conduit nécessairement à augmenter le bien-être.

 

 

Progression de la lecture

 

Le développement d’indicateurs complémentaires (ou alternatifs)

C’est ainsi que pour répondre à ces limites, plusieurs tentatives d’indicateurs complémentaires, voire alternatifs, ont vu le jour depuis une trentaine d’années. Diane Coyle (2015) présente ainsi, dans son chapitre 6, une liste importante de candidats. Nous pouvons citer les indicateurs du bonheur, mis en avant par exemple par le Bhoutan en 1998, avec l’indicateur du Bonheur National Brut (BNB). Mais comme le souligne Yasushi Masutani, en 2012, dans Courrier International, ce changement d’indicateurs ne résout pas tous les problèmes73cf. l’article de Courrier International. D’autres propositions existent, parmi lesquelles nous pouvons citer, sans volonté d’exhaustivité, le Genuine Progress Indicator (GPI) d’Herman Damy et John Cobb, qui a évolué en Index of Sustainable Economic Welfare (ISEW). William Nordhaus et James Tobin ont proposé également, dès 1972, le MEW, pour Measure of Economic Welfare. Le point commun de ces indicateurs est de retraiter certaines activités, en excluant par exemple les secteurs liés à la défense, en incluant parfois le travail domestique et en tenant compte des coûts liés à la dégradation environnementale. Nous pouvons ainsi remarquer que ces indices évoluent en général moins vite que le PIB.

Nous pouvons également mentionner deux initiatives qui ont rencontré un succès plus important, car portées par des organisations internationales. La plus connue d’entres elles est sans conteste l’Indice de Développement Humain (IDH). Cet indicateur a été créé en 1990 sous l’égide du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), par l’économiste pakistanais Mahbub ul Haq et l’économiste indien Amartya Sen (qui obtint le prix Nobel d’économie en 1998). Il a pour objectif l’évaluation du niveau de développement humain de chaque pays. Cet indicateur a rencontré un succès important via sa simplicité et la notation des pays sur un intervalle compris entre [0 ; 1], ce qui a facilité son acceptation par le plus grand nombre. L’IDH comprend trois dimensions : l’espérance de vie  en bonne santé, le niveau d’éducation et le niveau de vie. L’espérance de vie à la naissance est le critère pris en compte pour la santé. La durée moyenne de scolarisation pour les adultes de plus de 25 ans et la durée attendue de la scolarisation pour les enfants sont les éléments pris en compte pour l’éducation. Le PIB par habitant est le critère retenu pour évaluer le niveau de vie74Cet indice est présenté sur le site web du PNUD.. Depuis sa création, l’IDH a évolué positivement et le niveau moyen mondial était de 0,731 en 2018, avec une hétérogénéité importante puisque les pays appartenant à la catégorie « Développement humain très élevé » avait un IDH de 0,892, contre 0,507 pour les pays à « Développement Humain faible »75Le classement des pays selon l’IDH est disponible sur ce site web.. L’IDH n’a cependant pas remis en cause le statut du PIB car il conduit à des classements entre pays assez bien corrélés avec ceux obtenus sur la base du PIB / habitant (l’espérance de vie en bonne santé et le nombre d’années de scolarité sont plus élevés dans les pays les plus développés)76Cet indicateur a d’ailleurs été amendé en 2010, sans véritable succès, pour tenir compte des disparités de ces trois critères au sein de chaque pays : l’indice de développement humain ajusté aux inégalités (IDHI)..

L’OCDE a lancé en 2011 un « Indicateur du Vivre Mieux », pour évaluer les conditions de vie des individus. Il se distingue de l’IDH car il repose sur un tableau de bord composé de 11 critères, comme le logement, l’emploi, l’environnement, la sécurité, l’équilibre entre vies personnelle et professionnelle, la santé. Chaque critère est la synthèse de un à quatre indicateurs spécifiques. Cet indice permet également de tenir compte du genre. L’OCDE a d’ailleurs consacré une page web à cet indice et vous pouvez créer votre indicateur individuel, en fonction des préférences exprimées pour chacun des critères. L’objectif de dépasser la seule optique de la production, pour tenir compte du bien-être des populations, est de nouveau la ligne directrice de cet indice mais, une fois encore, ce sont les pays au PIB par habitant le plus élevé qui obtiennent généralement les meilleurs scores. La place centrale du PIB n’est ainsi pas remise en cause.

 

Source : OCDE

Bien entendu, nous ne pouvons pas terminer cette section sans souligner que la réflexion autour du dépassement du PIB, comme critère central de mesure de la performance d’une économie, a été intense en France. Le Président Nicolas Sarkozy a ainsi missionné en 2009 la Commission Stiglitz, Sen et Fitoussi pour un rapport sur « la mesure de la performance économique et le progrès social ». Plutôt que de promouvoir un indice unique, la Commission suggère l’utilisation d’un tableau de bord comprenant un éventail d’indicateurs. Cette conclusion rejoint d’ailleurs la position des responsables des statistiques publiques concernant le PIB et de l’ONU pour l’IDH : la complexité des problématiques rencontrées nécessite une approche multidimensionnelle. Le succès du PIB et de l’IDH, en raison de la simplicité d’analyse que permet un indice unique, explique l’adoption de ces indicateurs par le plus grand nombre, au détriment parfois d’une approche plus complexe.

 

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Le défi climatique

Le basculement vers un « nouveau monde » a eu lieu au cours des années 2010. Le réchauffement climatique est apparu évident et ne peut plus être contesté. Le graphique ci-dessous, de la NASA, analyse la température moyenne sur la surface du globe (sur la terre et sur les océans). Le graphique compare la température obtenue chaque année depuis 1880 à la moyenne de la température observée entre 1951 et 1980. Nous constatons ainsi une hausse tendancielle continue de cette température moyenne depuis les années 60 (courbe rouge).

Source : NASA

Cette hausse de la température à la surface du globe est d’autant plus problématique qu’elle semble être le fait de l’homme. Ainsi, dans son « Rapport sur le développement humain 2020 », le Programme de Développement des Nations Unies indique : « Les chercheurs sont généralement d’avis que nous sortons de l’Holocène, l’ère née il y a environ 12 000 ans, qui a vu naître la civilisation humaine telle que nous la connaissons. Ils suggèrent que nous entrons dans une nouvelle ère géologique – l’Anthropocène – dans laquelle les êtres humains sont une force dominante qui détermine l’avenir de la planète »77cf. Rapport, pp.4-5..

En parallèle, un basculement conceptuel se produit avec la mesure de l’empreinte écologique de chaque pays. Nous reproduisons ci-dessous un graphique du Global Footprint Network. L’abscisse représente l’IDH. Les pays les plus avancés sont donc situés vers la droite. L’ordonnée représente l’empreinte écologique de chaque pays, en nombre de planètes78Cette empreinte est parfois mesurée en hectares globaux par habitant.. Ce critère a été mis en avant notamment par l’association WWF. Cette empreinte représente « la superficie biologique productive nécessaire pour produire les ressources nécessaires à la population humaine et pour absorber ses émissions de dioxyde de carbone »79cf. la page web du réseau.. Bien entendu, nous n’avons qu’une seule planète Terre et il faut donc s’efforcer de ne pas dépasser l’unité80ce qui correspond à une allocation d’un peu moins de 2 hectares par être humain.. Le rectangle cible se situe ainsi dans le quadrant inférieur droit du graphique, qui traduit un développement humain élevé, combiné au respect des ressources biologiques, ou des capacités productives, de notre planète. Le constat est sans appel puisque la quasi-intégralité des pays sont hors de la zone cible. Les seuls pays qui respectent la bio-capacité mondiale sont ceux qui sont à un stade de développement insuffisant au regard de l’IDH. Quant aux pays dits développés, ils peuvent consommer jusqu’à 5 à 6 fois leur quota soutenable. La situation est encore plus inquiétante lorsqu’on considère les pays selon leur population (sur ce graphique, chaque pays est représenté par un point de la même taille). En 2018, si l’on considère les dix pays les plus peuplés de la planète, l’IDH de la Chine était de 0,758, de 0,647 pour l’Inde, de 0,926 pour les États-Unis, de 0,707 pour l’Indonésie, de 0,765 pour le Brésil, de 0,560 pour le Pakistan, de 0,534  pour le Nigéria, de 0,614 pour le Bangladesh, de 0,824 pour la Russie et de 0,767 pour le Mexique.81Source : site web populationdata.net . Dans ce contexte, l’objectif est double : pour les pays à l’IDH le plus avancé, il convient de maintenir ce niveau tout en divisant par un facteur de 3 à 5 leur empreinte écologique. Pour les pays à l’IDH le plus faible, l’objectif est de poursuivre leur développement selon une trajectoire « horizontale », c’est-à-dire sans dépasser la « consommation » d’une planète Terre.

Source : Global Footprint Network

En 2017, la France avait une empreinte écologique d’environ 2,88 planètes. Au niveau européen, l’Allemagne est à 2,94, le Royaume-Uni à 2,63, l’Italie à 2,76, l’Espagne à 2,52 et la Russie à 3,43. Au niveau mondial, le Canada est à 5,05, les États-Unis à 5,03, le Japon à 2,91, la Chine à 2,32, le Brésil à 1,76 et l’Inde à 0,7582Source : site web.. Plusieurs critiques sont faites à cet indicateur. Son caractère hétérogène est souvent relevé car l’empreinte écologique est mesurée via l’agrégation d’entités très disparates : l’artificialisation des sols, l’empreinte carbone, les terres agricoles et l’état des zones de pêche, des forêts et des pâturages notamment. De plus, la disponibilité de ces données peut être très variable selon les pays83cf. le document « Méthodologie de calcul de l’empreinte carbone de la demande finale intérieure française » du Commissariat général du développement durable (janvier 2020)..

C’est la raison pour laquelle une autre approche consiste à se concentrer uniquement sur l’empreinte carbone, qui est un critère plus étroit. Cette emprunte carbone est calculée à partir des statistiques de comptabilité nationale auxquelles sont associées des données physiques d’émissions de Gaz à effet de serre (GES). Elle représente l’ensemble des émissions de GES associées à la consommation d’une population, que les produits et services soient fabriqués en France ou importés. En 2018, le Commissariat général au développement durable révèle ainsi que l’empreinte carbone des Français est de 11,2 tonnes équivalents CO2 par habitant, un niveau relativement stable depuis 199584cf. le document « L’empreinte carbone des Français reste stable » du Commissariat général du développement durable (janvier 2020).. Ce niveau comprend les émissions de gaz à effet de serre induites par la consommation des Français, y compris celles liées aux biens et services importés. Même si l’emprunte de la France se situe sous la moyenne européenne, nous sommes encore très loin des niveaux d’émission compatibles avec un réchauffement climatique limité à +2°C en 2100, tel que défini dans les Accords de Paris (COP 21). La réduction nécessaire est d’un facteur d’ordre 4 à 5 pour la France (cf. graphique ci-dessous).

Source : Commissariat général du développement durable, janvier 2020

Tous les pans de la société sont concernés mais nous constatons que la décarbonation concerne notamment l’énergie, les transports, le bâtiment et l’industrie agro-alimentaire (cf. graphique ci-dessous).

Source : Commissariat général du développement durable, janvier 2020

Le changement conceptuel introduit par cette approche est majeur car il remet en cause tous les classements établis jusque là : il n’est désormais plus possible, pour un pays, de prétendre être à un stade de développement avancé, tout en faisant partie du groupe de pays qui hypothèque le plus la soutenabilité du développement de l’humanité, c’est-à-dire la pérennité du monde tel que nous le connaissons aujourd’hui. Pour la première fois, le classement du PIB / tête est démenti par une approche alternative et la nécessité de recourir à un tableau de bord composé d’indicateurs multiples voit sa justification renforcée.

En réponse à cette situation, et pour faire face aux limites de l’IDH à percevoir cette réalité, le Programme des Nations Unies a développé l’IDHP, pour Indice de Développement Humain ajusté aux Pressions exercées sur la planète85cf. le « Rapport sur le développement humain 2020 » du Programme de Développement des Nations Unies..  Il consiste à réconcilier l’IDH et la soutenabilité environnementale, afin de répondre aux trois défis de l’anthropocène : atténuer le changement climatique et s’y adapter, protéger la biodiversité, et assurer le bien-être de tout être humain.  L’objectif est ainsi de permettre un développement humain compatible avec une diminution des pressions excercées sur la planète. Dans ce cadre, il apparaît que les ajustements à effectuer pour revenir à un développement soutenable pour la planète sont croissants avec l’IDH, ce qui signifie que ce sont aux pays à l’IDH le plus élevé d’effectuer les corrections les plus importantes en matière d’empreinte écologique et d’empreinte carbone (des progrès sont bien constatés ces dernières années mais à un rythme beaucoup trop lent).

Concernant la France, la Loi n° 2015-411 du 13 avril 2015 inscrit l’approche multidimensionnelle au cœur des politiques publiques, en établissant une liste d’indicateurs à suivre (dans la lignée des conclusions de la Commission Stiglitz, Sen et Fitoussi). Ce travail s’est poursuivi avec la publication du rapport 2018 sur les nouveaux indicateurs de richesse (cf. tableau ci-dessous). Ces indicateurs recouvrent trois dimensions : économique (taux d’emploi des 15-64 ans, dépense de recherche/PIB, dette publique au sens de Maastricht) ; sociale (espérance de vie en bonne santé, satisfaction dans la vie, inégalités, taux de pauvreté en conditions de vie, éducation avec le pourcentage de sorties précoces du système scolaire) ; environnementale (émission de gaz à effet de serre, artificialisation des sols). Nous remarquons toutefois que  la faible fréquence de publication constatée à ce jour constitue un frein au positionnement de ce tableau de bord au cœur du débat public. Mais les effets de cette approche se font déjà sentir par exemple sur l’immobilier, avec  les contraintes imposées à l’étalement urbain (critère d’artificialisation des sols).

Source : Gouvernement français, Les nouveaux indicateurs de richesse 2018

 

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Les conséquences pour la finance

La prise en compte de cette réalité explique le changement de paradigme constaté ces dernières années. L’absence d’un plan B (nous n’avons qu’une planète) nous conduit à penser que le mouvement amorcé ne constitue pas un effet de mode mais un basculement vers un monde nouveau, dont la structuration va être progressive. Schématiquement, nous assistons à une mutation à tous les niveaux : dans un premier temps, cette transition s’est jouée au niveau des organisations internationales via la signature de différents Traités (dans le cadre des Nations Unies principalement). Elle a permis, d’une part, d’identifier les objectifs à atteindre et, d’autre part, de définir un cadre conceptuel à l’échelle de la planète. Dans un deuxième temps, la transcription au niveau national s’est opérée via les Etats, par des lois, normes et réglementations. Nous arrivons désormais à la dernière étape avec la déclinaison de cette stratégie au niveau des entreprises et des citoyens (c’est-à-dire au niveau de l’offre et de la demande). La multiplication des annonces d’entreprises et de gérants de fonds sur ces sujets depuis deux ans est ainsi significative86Bien entendu, ce découpage est trop schématique car les accords internationaux, le vote des lois et la mise en place de nouvelles normes et réglementations vont se poursuivre. De plus, de nombreux acteurs travaillent sur ces sujets depuis de longues années (associations, entreprises, ménages, etc.). Mais il permet de comprendre le changement d’échelle auquel nous assistons et pourquoi nous arrivons à un stade où les mesures vont devenir de plus en plus concrètes et impacteront significativement le quotidien et le fonctionnement de nos sociétés humaines..

A l’échelle internationale, la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques entre en vigueur dès 1994 et concerne aujourd’hui 197 pays. Elle est le fruit du « Sommet de la Terre de Rio » de 1992. D’autres sommets suivirent, comme ceux de Kyoto (1997) ou de Johannesburg en 2002, au cours duquel Jacques Chirac prononça sa célèbre phrase « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ». Plus proche de nous, l’Accord de Paris de la COP21, signé le 12 décembre 2015 et entré en vigueur le 4 novembre 2016, constitue une étape décisive. Pour la première fois, un accord contraignant réunit toutes les nations (195 Etats plus l’Union Européenne) pour limiter le réchauffement climatique à un niveau de 1,5 à 2 degrés Celsius, par rapport au niveau préindustriel. Selon le Gouvernement français, « la température moyenne annuelle a déjà augmenté de 0,85 °C depuis 1880 et pourrait croître jusqu’à près de 5°C d’ici à 2100 »87Source : site web du Gouvernement français.. Cet accord contraignant prévoit un suivi des engagements dans le temps et, à partir de 2024, les pays devront rendre compte « des mesures prises et des progrès réalisés en matière d’atténuation du changement climatique, de mesures d’adaptation et de soutien fourni ou reçu »88Source : site web de l’Accord de Paris. .

Parallèlement à ces sommets, les Nations Unies ont lancé en 2000 un Pacte mondial, le United Nations Global Compact, qui est une plateforme politique et un cadre pratique pour les entreprises qui sont engagées dans des pratiques responsables et durables. Les PRI, pour Principles for Responsible Investment ont été signés en 2005 et sont désormais centraux pour l’investissement responsable. Ils regroupent désormais plus de 1400 signataires présents dans 50 pays89cf. le document des Nations Unies « Principes pour l’Investissement Responsable« . .

Plus récemment, et toujours à l’échelle internationale, huit Banques centrales et régulateurs ont lancé, lors de la COP21, le NGFS, pour Network of Central Banks and Supervisors for Greening the Financial System (Réseau des superviseurs et des banques centrales pour le verdissement du système financier). Ce réseau comprend désormais 89 membres et 13 observateurs. Son objectif est d’ « améliorer le rôle du système financier dans la gestion des risques et la mobilisation des capitaux en faveur des investissements verts et à faible émission de carbone, dans le contexte plus large des objectifs de développement durable »90cf. la déclaration commune des fondateurs.. De même, la BCE, qui travaille actuellement à une révision de son cadre de politique monétaire pour 2022, réfléchit à l’intégration de cette dimension parmi ses objectifs, le risque climatique pouvant jouer un rôle croissant dans la stabilité financière internationale.

De son côté, la Banque de France vient d’annoncer ce 30 mars la création de son « Centre sur le Changement Climatique (CCC) », pour « renforcer davantage encore sa capacité d’action vis-à-vis du système financier au sens large »91cf. Communiqué de la Banque de France. A l’occasion d’une conférence à l’IAE de Nantes Economie et Management le 7 octobre 2020, Sylvie Goulard, Sous-Gouverneure de la Banque de France, avait ainsi exposé la place de la finance verte dans le développement durable et le rôle que les banques centrales pouvaient jouer. La période est encore à la mesure de l’impact carbone des financements bancaires, mais il est probable que, dans les années à venir, des objectifs contraignants d’empreinte carbone globale des portefeuilles de prêts soient imposés aux établissements bancaires. Nous voyons dès lors l’effet que ce type de contrainte pourrait avoir en matière de sélection des projets financés (nécessaire intégration d’une diminution de l’empreinte carbone des projets en immobilier par exemple). Car les Institutions internationales, comme l’ONU, font de la finance un secteur clé pour réussir cette transition vers un modèle économique plus durable.

En ce qui concerne les Etats et la France, la première OAT verte a été lancée le 24 janvier 2017, pour une durée de 22 ans et un montant de 7 milliards d’euros. La France est ainsi devenue l’un des premiers émetteurs d’obligation de ce type, après la Pologne en décembre 2016 (pour 750 millions d’euros à 5 ans). Ces émissions d’obligations vertes de l’État (les Green bonds) sont directement liées au label Greenfin.

La France a aussi traduit une partie de ses objectifs en la matière dans la Loi Pacte. Nous pouvons citer deux exemples. Tout d’abord, cette loi introduit la qualité des sociétés à mission (qualité qui n’est pas un statut). Cette qualité permet ainsi à une entreprise de préciser sa raison d’être et de déclarer un ou plusieurs objectifs sociaux et environnementaux. L’intérêt social d’une entreprise est ainsi reconnu, ce qui permet de dépasser le seul objectif de la maximisation des profits92cf. la page web du CEDEF à ce sujet.. Plus d’une centaine d’entreprises sont déclarées à ce jour, dont Danone, la Camif, Yves Rocher, etc.

Deuxièmement, concernant, l’assurance vie, la loi Pacte impose des contraintes supplémentaires destinées à renforcer la distribution de fonds solidaires (label Finansol), responsables (label ISR) et verts (label Greenfin). Depuis le 1er janvier 2020, chaque contrat doit respecter la présence d’un fonds d’au mois une de ces trois modalités. A partir du premier janvier 2022, chaque contrat devra respecter la présence d’un fonds minimum par modalité93cf. l’article « Les principales nouveautés de la Loi Pacte en matière d’assurance vie » des éditions Francis Lefebvre. Nous remarquons d’ailleurs une reconfiguration des labels en lien avec ces évolutions. Par exemple, le label « Transition Énergétique et Écologique pour le Climat » (TEEC) a été remplacé par le label Greenfin en France. De même, le label ISR étend son périmètre et devient accessible aux fonds immobiliers depuis le 23 octobre 2020. Et le processus de réforme du label vient d’être lancé par le Gouvernement le 26 mars dernier94cf. site web de la DG du Trésor.. La question des labels est d’ailleurs centrale, avec leur multiplication à l’échelle internationale (dont l’initiative belge Towards Substainability). Ceci explique les réflexions actuelles au niveau de l’UE et nous devrions arriver à une harmonisation européenne dans les prochaines années95Il est possible de se reporter par exemple à cette page web de la Commission européenne..

Les dernières annonces au niveau de l’Union européenne s’inscrivent dans ce mouvement vers une économie plus durable. Comme indiqué dans le billet de ce blog intitulé « Plan de relance européen : un accord historique, symbole d’un policy mix inachevé », 30% des fonds alloués au budget 2021-2027 et au plan “Next Generation EU” doivent désormais être liés au climat pour respecter les objectifs de l’Union à l’horizon 2030 et la neutralité climatique d’ici 2050.

Au niveau des entreprises, les acteurs de la place de Paris ont lancé l’association Finance for Tomorrow pour promouvoir la neutralité carbone d’ici 2050. Dans cette mouvance, Euronext vient d’annoncer le 22 mars 2021 le lancement de son nouvel indice ESG (critères Environnementaux, Sociaux et de bonne Gouvernance), intitulé « Euronext CAC 40® ESG Index« . Sont ainsi identifiées les 40 entreprises les plus engagées dans la démarche ESG parmi les 60 entreprises membres du CAC Large 60. Ces entreprises respecteront le cadre méthodologique de l’ISR et des dix principes du Pacte mondial des Nations Unies.

La création de cet indice s’inscrit dans une tendance beaucoup plus large et de nombreux acteurs ont annoncé une modification de leur stratégie en matière de développement durable ces dernières années. Les annonces des entreprises et des gérants de fonds se sont ainsi multipliées depuis 2019 et sont désormais trop nombreuses pour toutes les citer. Parmi les évènements les plus marquants, nous pouvons mentionner la décision du fonds souverain norvégien, l’un des plus importants actionnaires du monde, qui a annoncé le 8 mars 2019 qu’il cessait d’investir dans les « compagnies d’exploration et de production » pétrolières pour des raisons financières. La pandémie de la Covid-19 a également accéléré le processus et les investisseurs particuliers deviennent beaucoup plus sensibles à ces préoccupations.  Ainsi, nous observons des niveaux de collecte records vers les fonds ESG depuis un an. Novethic signale par exemple que les encours en fonds verts européens ont plus que doublé en 2020 et celui des fonds durables ont augmenté de 66%.

 

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Conclusion

Ce billet permet de constater que le système économique a bien évolué depuis la création des comptes nationaux modernes au cours des années 30. Nous sommes ainsi passés d’une économie de production de biens de consommation de masse à une économie où les services dominent et où la prise en compte du bien-être revêt une importance croissante. De plus, le défi climatique que nous devons affronter nous oblige à ajuster notre vision, qui ne peut plus faire de l’augmentation des richesses produites la seule, voire la principale, réponse aux problèmes rencontrés. Le PIB, sous sa forme actuelle, conserve bien entendu toute son utilité mais une approche multidimensionnelle semble plus adaptée au stade actuel de développement de nos sociétés. D’autant plus que, comme l’indique le Programme de Développement des Nations Unies, c’est aux pays développés de procéder aux ajustements les plus importants de leur IDHP (Indice de Développement Humain ajusté aux Pressions exercées sur la planète).

Certains pourraient considérer la décroissance comme l’unique recours, mais nous pouvons aussi envisager que cette éventualité irait à l’encontre de la nature de nos sociétés et ne constituerait aucunement une perspective pour les pays les moins avancés en matière de développement humain. A l’inverse, si l’on se fie à l’histoire du PIB, l’ajustement de son périmètre devrait constituer une tendance future, afin d’améliorer la prise en compte des activités contributrices au bien-être (activités associatives, travail à domicile, etc.) et de pénaliser les activités destructrices de l’environnement. En parallèle, nous devrions progressivement nous habituer à évoluer selon des tableaux de bord comprenant une multitude d’indicateurs, à l’importance proche96La comptabilité sociale et environnementale et la réflexion sur les critères extra-financiers constituent des domaines de recherche qui vont dans ce sens..

Le changement climatique et la hausse des températures qui l’accompagne nous obligent à une révision du thermomètre économique star du XXè siècle. Il reste à espérer, pour les futures générations, que l’ajustement du périmètre du PIB et l’instauration d’un tableau de bord multidimensionnel à la reconnaissance internationale puissent être érigés au rang de « grandes inventions » du XXIè siècle.

 

 

Bibliographie

Agence France Trésor Site web

Banque de France Site web

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Commissariat général du développement durable. 2020. L’empreinte carbone des Français reste stable. Rapport

Commissariat général du développement durable. 2020. Méthodologie de calcul de l’empreinte carbone de la demande finale intérieure française. Rapport

Commission Stiglitz, Sen, Fitoussi. 2009. Commission sur la mesure de la performance économique et le progrès social. Rapport

Coyle, D. 2015. A brief but Affectionate History of GDP, Princeton University Press.

Coyle, D. 2017. Repenser le PIB. Développement. Finances et Développement.

Crédit Suisse. The future of GDP, Report.

Davoine, L. 2020. Economie du bonheur. La découverte.

Editions Francis Lefebvre. 2019. Les principales nouveautés de la loi Pacte en matière d’assurance-vie.

Euronext Site web

Finance for tomorrow Site web

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Gouvernement français. 2018. Les nouveaux indicateurs de richesse. Rapport

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Label Finansol Site web

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Union européenne Site web

WWF Site web

 

 

Ce billet peut être complété par les lecture suivantes :

Analyse de l’existence d’un éventuel arbitrage entre mesures sanitaires et activité économique.

Analyse du plan de relance européen, conçu en réponse à la pandémie de la Covid-19.

 

 

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